
Youssef Nabil : De rêver encore
Exposition des photographies coloriées à la main de Youssef Nabil, présentée dans les salles orientalistes du musée d’Orsay
Photographies peintes à la main, face à l’orientalisme d’Orsay
« Youssef Nabil. De rêver encore » est une exposition de photographie contemporaine présentée au musée d’Orsay du 19 mai au 13 septembre 2026, le retour d’un artiste là où son regard s’est formé.
LA COULEUR À LA MAIN : UNE SIGNATURE NÉE DANS LE CINÉMA ÉGYPTIEN
Tout, chez Youssef Nabil, commence par un geste lent. Il photographie en noir et blanc sur pellicule argentique – la photo d’avant le numérique –, puis colorise chaque tirage à la main, touche après touche. Ce procédé vient de loin : de l’âge d’or du cinéma égyptien et des affiches peintes qui couvraient les rues du Caire de son enfance, où le bleu et les teintes chaudes prêtaient aux visages un éclat irréel. Le résultat tient moins de la photographie documentaire que de l’image de film : un instant arrêté, déjà nimbé de souvenir. Photographe-vidéaste franco-égyptien né au Caire en 1972, il en a tiré une manière aussitôt reconnaissable : chaque épreuve, coloriée séparément, devient une pièce unique.
Cette méthode raconte d’abord une histoire personnelle. Dès les années 1990, Nabil photographie écrivains, chanteurs et stars du cinéma arabe, qu’il met en scène comme des personnages de film. En 2003, il quitte l’Égypte pour la Cité internationale des arts, à Paris, puis s’installe entre Paris et New York. De cet éloignement naissent des autoportraits où il se montre de dos, le visage dérobé, et où reviennent l’exil, le rêve et la nostalgie. La couleur posée à la main, un peu passée, y fixe l’Égypte rêvée et idéalisée de l’enfance, celle que la mémoire réinvente plus qu’elle ne la décrit.
RETOUR À ORSAY : LA VISITE DE 1992 DEVENUE EXPOSITION
En 1992, le jeune Cairote, venu en France pour la première fois, pousse les portes du musée d’Orsay. La visite est décisive, au point de devenir le fil de toute l’exposition. Son autoportrait The Dream (2021) en garde la trace : le commissariat le place en filiation avec Le Rêve (1883) de Pierre Puvis de Chavannes, peintre symboliste – un art tourné vers les rêves et les visions intérieures, loin du monde visible – dont les figures endormies l’ont durablement marqué. Avec ce projet, Youssef Nabil devient le premier artiste contemporain à investir les salles orientalistes du musée.
L’exposition a été conçue par Sylvain Amic et par Nicolas Gausserand. Son titre vient de loin : « De rêver encore » emprunte une réplique de Caliban de La Tempête de Shakespeare, qui dit pleurer « d’envie de rêver encore », donnant au titre une portée politique. Cette résonance trouve son écho dans des œuvres symbolistes réunies pour le projet.

















