
Joan Miró
Exposition consacrée à l'œuvre protestataire de Joan Miró et ses collaborations politiques du XXe siècle
L’exposition prend pour point de départ la critique émise en 1926 par Louis Aragon et André Breton, à l’occasion du ballet Roméo et Juliette de Serge Diaghilev, dont Miró réalise les costumes. C’est au tract brandi par les deux surréalistes à cette occasion que l’exposition emprunte son titre : Protestation.
À travers un ensemble d’œuvres rarement montrées en France, le parcours déroule différents moments d’expérimentation qui témoignent de la place de la protestation dans la recherche plastique de Miró, lancé dans un corps à corps avec la peinture, allant jusqu’à « l’assassiner ». Dans un contexte marqué par la guerre et le franquisme (1936-1975), Miró se réapproprie la protestation et la transforme en un acte créatif et lui-même contestataire.
L’exposition met ainsi en avant un artiste résolument en lien avec son époque, ainsi que la résonance politique de son travail, en présentant ses collaborations avec une jeune génération d’artistes engagés (Josep Royo, Pere Portabella et la troupe de théâtre La Claca). Suivant un découpage chronologique, le parcours présente les différentes tentatives de Miró de dépasser la peinture et comment celles-ci se font l’écho des événements contemporains.
Entre 1927 et 1937, essentiellement, celui-ci se tourne vers la danse, avec les ballets Roméo et Juliette, puis Jeux d’enfants, mais aussi vers des matériaux inhabituels, peignant sur des toiles brutes ou du papier de verre. Sans renoncer à son vocabulaire mironien, les décennies suivantes sont marquées par l’apparition des matériaux pauvres, une austérité de la composition, la brutalité des formes, la difformité des corps ou encore la sensation du geste.
Cette démarche esthétique, visible dans la série Barcelone (1939-1944) ou dans les toiles réalisées dans les années 1970, traduit sa volonté de désublimer un art académique, trop souvent devenu hégémonique, mais aussi combien son œuvre se fait protestataire. L’ensemble des œuvres présentées révèle par ailleurs l’impressionnante capacité de Miró à sans cesse remettre en question son travail, radicalisant son approche de la peinture, notamment à travers les relations qu’il noue avec une jeune génération d’artistes politiquement engagés.
Au milieu des années 1970, plusieurs complices le rejoignent : l’artiste tapissier Josep Royo, le cinéaste Pere Portabella et la troupe de théâtre La Claca, qui voient en Miró la personnification d’une tradition rebelle. Chacun à travers son médium – tapisserie, cinéma et théâtre – participe d’une recherche commune, la mise à mort collective de la peinture et du dictateur. Le parcours de l’exposition met en lumière cette constellation mironienne qui ouvre d’autres voies d’accès pour comprendre son œuvre. Des corpus d’œuvres remarquables sont présentés ensemble pour la première fois, révélant l’importante dimension collaborative du travail de Miró.



