
Le sel est libre
Projection documentaire de Valentin Pinet mêlant contrebande, folklore et fiction expérimentale sur la gabelle en Auvergne
Invité en résidence, Valentin Pinet a entrepris cet exercice courant mais difficile qui est de regarder un pays qui n’est pas le sien et d’en tirer sur place un film qui embrasse ses paysages, ses habitant.es, sa langue et son histoire. Dès la fin du XVIIème, la crête de la montagne du Forez en Auvergne marquait la frontière entre deux régimes de la gabelle, un des impôts les plus impopulaires de la France absolutiste. Ainsi, d’un versant à l’autre, le prix du sel pouvait varier jusqu’à cinquante fois, l’iniquité favorisant naturellement la contrebande.
Dès l’ouverture du Sel est libre, le réalisateur accole deux gestes : celui de l’archéologue qui creuse la terre à la recherche des traces du passé et celui du cinéma qui réactive en les exhumant les récits en dormance, ici à partir des procès-verbaux de la toute fin du XVIIIème. Tourner avec les habitants du coin dote le film d’une douce bonhommie et d’une chaleureuse simplicité.
Quelque part entre le folklore, la fantaisie burlesque et l’expérimentation narrative, le réalisateur jette un pont entre deux époques en brouillant les repères temporels et les registres, en jouant des costumes, de la musique et de la présence d’un troubadour qui domine le film et l’éclaire de sa poésie chantée. Avec modestie et en délaissant toute tension dramatique, Valentin Pinet mêle, à coups de ménestrels, d’expressions du cru, de chaussures de rando et de chapeaux auvergnats, le film de bandits et la fable rurale.
Les fourches et les chants entonnés en chœur réactivent l’imaginaire de la Révolution française tandis qu’Antoine Champignon, le contrebandier, est sauvé par les soubresauts de l’Histoire – la chute du roi. Sa figure n’est pas sans rappeler ces « hommes infâmes » chers à Michel Foucault, dont ne subsistent souvent que quelques traces administratives, ici matière à l’aventure filmique qui consiste à fouiller dans un même geste les replis du territoire et de l’Histoire.

































