
Chants fantômes
Projection du film poétique Chants fantômes de Nouria Behloul, exploration sensorielle des mémoires franco‑algériennes
Chants Fantômes fait de la fragmentation le lieu d’une exploration sensorielle et poétique où se trament la quête d’une identité dispersée et les héritages coloniaux inscrits jusque dans les chairs. Une couscoussière fumante, un coquelicot battu par le vent, les scintillements irréels de la mer Méditerranée, son écume épaisse, les roches érodées, un mouton entre un chardon et des barbelés (…) De la France à l’Algérie, la caméra numérique de Nouria Behloul filme à fleur de peau, exalte sa facture épidermique au contact des matières, fusionne la terre et le corps en jouant des textures et des gros plans.
Sa dérive haptique capture un répertoire d’images aux bruns et verts délavés, sorte d’herbier intime où se déposent les traces d’une mémoire sensible. Ici, pris au piège d’un gros plan fixe, un coquillage devient chair, comme la pointe d’un sein. Là, une bouche masculine envahit le cadre, béance désarticulée d’une parole absente et empêchée.
Traversée de distorsions et de souffle, la bande sonore hantée nimbe les plans d’une mélancolie incandescente. Deux forces antagonistes travaillent Chants fantômes : une force centrifuge, mouvement de la perte, pulsion de la dispersion qui pousse l’image jusqu’à l’indiscernable ; et une force centripète qui cherche encore à recoudre les fragments épars. C’est dans le langage que Nouria Behloul, traductrice et poète, crée les points de suture. À partir d’intertitres qui scandent le poème visuel, elle ausculte les mots, fouille les étymologies, déplie les racines de la langue arabe.
Chants fantômes, lyrique et sensuel, déploie ainsi une circulation souterraine entre les langues, les souvenirs et les territoires, construit une géographie affective instable faite de résonances, un espace intermédiaire et mouvant où chérir ses fantômes.

































