
Staubwelt
Projection de Staubwelt de Sawandi Grosking, fable cinématographique finlandaise mêlant conte fantastique et humour sombre
« Il était une fois une femme qui tombait sur le Diable et l’aidait dans les derniers jours de son existence… ». Ainsi pourrait commencer Staubwelt, conte merveilleux aux allures de comédie triste, qui met en scène la rencontre insolite d’Agnès, enquêtrice criminelle arrivée au terme de sa carrière, et un homme récemment arrivé en ville, qui dit être le Diable.
Après XXL (FID 2024, co-réalisé avec Kim Ekberg), Sawandi Grosking revient avec une fiction féérique et dépressive pleine d’un humour sombre, dans une Helsinki presque entièrement réduite à sa forêt et à quelques intérieurs ténébreux filmés tout en contrastes. On y retrouve autant le Kaurismäki des débuts que des emprunts plus surprenants à la science-fiction ou au conte fantastique, réinterprétés avec audace par le réalisateur.
Aux antipodes d’un Terminator duquel il adopte le mode de surgissement, le Diable au style 70’s est un homme d’une douceur infinie, qui apprivoise Agnès de sa voix enveloppante et l’accompagne dans ses enquêtes nocturnes, accueillant avec générosité son spleen désœuvré. Il lui parle en tamoul, elle lui répond en finnois ; le duo improbable se comprend sans ambages. Grimé en Bête à la Cocteau dans une séquence de tournage au sein du film, il confiera à la Pandore moderne la tâche de trouver une mystérieuse urne dans laquelle sont contenus tous les événements du monde.
La grâce du film tient à cette façon de se fier à l’invisible et d’habiller le réel d’éléments magiques sans en souligner l’aspect surnaturel, afin d’en dégager la poésie pure. « Un peu plus de contraste » dit l’ophtalmologue à Agnès venue la voir pour un contrôle oculaire. Contraste pour mieux voir, et peut‑être pour mieux croire. Car c’est aussi de croyance dont il est question : celle que l’on doit au récit, celle que l’on porte au cinéma.


































