
Les ambassadeurs. Jesse Darling
Exposition de Jesse Darling transformant matériaux industriels et objets usagés en installations critiques dans la Verrière du Palais de Tokyo
Sa nouvelle production, pensée pour la grande Verrière du Palais de Tokyo, invite à pénétrer dans un impressionnant paysage d’affiches et d’enseignes publicitaires rendues illisibles, et peuplé d’une foule fantomatique de pupitres de discours surmontés de drapeaux flottant alternativement au vent. Ici, ces symboles de pouvoir sont altérés, effacés, rendus inaudibles, comme saisis dans une dégradation ou une déréalisation en cours. Teinté d’une forme de mélancolie critique, ce travail nous connecte avec l’émouvante précarité des matérialités qui nous entourent, mais aussi celle des systèmes de production, de consommation et de domination qui les ont rendus possibles. Ce recyclage poétique du réel s’apparente à un désarmement, qui met momentanément à distance la violence pour mieux la neutraliser. Le titre de l’œuvre, en référence à un tableau de Hans Holbein le Jeune, est une allusion aux vanités de la Renaissance, qui représentaient de manière allégorique la fragilité de la vie humaine et la fatuité des signes de pouvoir, de culture et de progrès. De la même manière, ces fossiles matériels, rongés par l’Histoire, racontent la fatigue des récits dominants défiés par le renouvellement nécessaire des valeurs dans un monde abîmé. C’est par un désordre utile, au sens propre de « défaire un ordre », qu’il propose une résistance aux normes d’un monde productiviste.




















