
Crónica del cansancio
Projection du documentaire de Natalia Marín sur la fatigue sociale et l’accès au logement, portée par des voix féminines
« Ce n’est pas la dépression, c’est du capitalisme ». Pour présenter le nouveau travail de Natalia Marín, ancienne membre du collectif Los Hijos (Mention spéciale du Prix Georges de Beauregard International, FID 2010), on pourrait reformuler cette phrase désormais célèbre à propos de l’impact du système capitaliste sur la santé mentale : « Ce n’est pas la fatigue, c’est le capitalisme ». Il s’insinue dans nos corps, nous épuise, nous consume, nous exploite, et transforme quelque chose d’aussi essentiel qu’un foyer en une impossibilité, un péage, un bien de spéculation. En une voie de dépossession et d’épuisement.
Marín, désormais cinéaste en solo, poursuit la pratique d’un cinéma qui interroge les structures sociales et économiques à partir d’une radicalisation des formes visuelles et sonores. Ici, une sorte de long travelling, interrompu par un plan fixe épuisant dessine l’histoire de l’accès au logement comme un exercice d’aliénation à travers la fatigue physique, le travail sans fin : la nature, les outils agricoles, les instruments du travail domestique, les outils industriels qui laissent progressivement place à une succession de sols domestiques… Du labeur des champs et de la houe au lumpenprolétariat du travail indépendant et auto-exploité.
« Tu n’auras pas de maison de toute ta putain de vie », pouvait-on lire sur les pancartes du mouvement du 15-M qui, en 2011, a secoué la vie politique espagnole. C’est bien le cas et c’est de pire en pire. Porté par des voix féminines — parce que l’exploitation est aussi une question de genre, parce que les corps féminins ont supporté ce poids en silence, pendant toutes ces années —, le film est à la fois simple et complexe, pacifique et violent. Nous avons mesuré la fatigue et nous n’en pouvons plus.




























