
Semons nos résistances
Les violences institutionnelles, économiques et environnementales traduisent des ambitions de contrôle, d'exploitation et d'épuisement des corps, des territoires et des imaginaires. À l'heure où les logiques de prédation propres au modèle néolibéral et les discours de haine qui les accompagnent ne cessent de s'intensifier, il est indispensable de leur opposer un refus ferme. Les possibilités de se faire entendre restent toutefois limitées quand citoyens et citoyennes sont relégués au simple rang de spectateurs.
Comment régénérer les désirs de lien et d'action quand notre époque produit compétition et normes, et qu'elle nourrit le repli sur soi et les affects délétères, à commencer par la colère, le ressentiment et la peur ? Où trouver les ressources pour sortir de la nuit ? Les luttes, dans ce qu'elles portent de collectif, d'attention à l'autre, de joie et de désirs d'émancipation, semblent pouvoir ouvrir des brèches salvatrices laissant de nouveau passer la lumière, tant en soi que dans les structures de l'ordre établi. Même ponctuels, minoritaires ou modestes, les gestes résistants participent à réhumaniser notre présence au monde et le sens de nos interactions. À mesure qu'ils se multiplient et se relient entre eux, ils peuvent se transformer en irrésistibles mouvements au sein desquels circulent savoirs, espoirs et expériences, et où se partagent d'autres formes de relation et de coopération.
Si la lutte peut s'inscrire dans la revendication et le rapport de force, elle s'incarne également dans la transgression, dans l'attention que l'on porte à la vulnérabilité, dans la reconnaissance de ses propres privilèges, dans la déconstruction des récits toxiques ou encore dans les histoires partagées et transmises. L'empathie, l'attention, l'imaginaire et le soin deviennent alors des forces subversives, capables d'alimenter de profondes transformations individuelles, collectives, sociétales et environnementales. Reste à inventer les chemins, les pratiques et les horizons pour débuter cette renaissance collective.
À travers la présentation du travail de quinze artistes, l'exposition Semons nos résistances souhaite célébrer ces actions qui sèment les graines d'une dissidence au service d'autres manières d'habiter la Terre, attentives au vivant et à l'altérité. Plus encore, elle est une invitation à se rassembler pour inventer, ensemble, le monde que nous souhaitons voir advenir.
Commissariat d'exposition : AnneSophie Bérard et MAIF Social Club ; Scénographie : Studio Brunoir ; Artistes : Agrume, Simon Augade, Basserode, Célia Cassaï, Tiphaine Calmettes, Julie Chaffort, Nicolas Daubanes, Cha Gonzalez, Hasnya (Féris Barkat, Oumayma Bouabid, Aïssé Diawara, Soraya Kaboul, Lise Lanot, Corentin Souci), Mark Jenkins, Abdul Rahman Katanani, Marie‑Claire Messouma Manlanbien, François Réau, Zoé Saudrais, Marinella Senatore  ; Production exécutive : Artistik Bazaar
















