
Schiuma di Mondi
Projection du film documentaire Schiuma di Mondi d'Anna Marziano, portrait sensible d'une mère face aux urgences politiques et climatiques
Antonia est assise dans la pénombre de son salon. Un plan serré sur son visage grave se substitue à l’image du film qu’elle regarde : Europe 51, de Rossellini, que l’on reconnaît aux dialogues. Se dessine dès lors une filiation entre la jeune femme et Ingrid Bergman incarnant une mère en quête de justice dans l’Italie d’après-guerre.
Quelle société léguons-nous à nos enfants lorsque l’avenir semble confisqué ? Schiuma di Mondi est le portrait magnifique d’une femme. C’est à partir de son engagement dans le monde que le film ouvre à la possibilité d’une autre relation aux êtres qui nous entourent.
Par un travail très précis de montage, Anna Marziano interconnecte différentes échelles et entreprend ce que Peter Sloterdijk nomme « le voisinage d’unités fragiles » en rapprochant aussi bien les images que les fragments du réel — fleurs, gestes, espaces, visages, idées. Schiuma di Mondi est un écosystème cinématographique en soi : dans sa façon de saisir la plénitude d’un repas partagé, de faire glisser un mot vers une image, de créer des résonances, de cadrer les interstices et l’insignifiant — un verre traversé par la lumière — et de les relier aux enjeux plus vastes qui occupent juristes et cours pénales internationales.
Anna Marziano invente ainsi une économie de l’attention et de la relation à même d’embrasser la vulnérabilité croissante des vies. Antonia est mère. Prendre soin de son enfant revient ici à prendre soin du monde en son entier. Tandis que s’observent dans un même geste d’apprentissage et de transmission les joies et la curiosité spontanées de l’enfance, les tragiques nouvelles venant de la scène politique mondiale s’infiltrent comme l’eau.
Dans une Venise menacée par la montée des eaux, l’urgence climatique se heurte à la lenteur des transformations intérieures nécessaires à un véritable changement de paradigme. Avec la délicatesse et la complexité alvéolaire de l’écume, Schiuma di Mondi installe dans sa douceur obstinée la plus inflexible détermination.














