
Clair-obscur
Exposition à la Bourse de Commerce explorant l'héritage du chiaroscuro avec œuvres de la Collection Pinault
Quand l'ombre sculpte la lumière
L'EXPOSITION
L'exposition « Clair-obscur » à la Bourse de Commerce réunit du 4 mars au 24 août 2026 une centaine d'œuvres de la Collection Pinault, dont certaines pièces modernes montrées pour la première fois. Le parcours traverse l'héritage du chiaroscuro à travers peintures, sculptures, vidéos et installations d'une vingtaine d'artistes.
FABLES CRÉPUSCULAIRES : VICTOR MAN ET L'HÉRITAGE DE GOYA
La Galerie 3, entièrement consacrée à Victor Man (né en 1974), forme une exposition dans l'exposition. Le peintre roumain y déploie ses toiles dans une pénombre vert d'eau traversée de spectres et d'apparitions. Ses figures énigmatiques jouent de forces contradictoires entre quotidien et universel, séduction picturale et obsession de la mort. Titiriteros (2023) reprend un sujet célèbre du Greco, Fabula (1580), dont le sens religieux ou païen s'est perdu au fil des siècles.
œuvres de la Collection Pinault réunies dans le parcours
Le titre espagnol évoque des marionnettistes tirant les ficelles. Trois figures se penchent autour d'une lueur dans une palette crépusculaire teintée d'iconographie religieuse et d'esthétique surréaliste. Les peintures de Victor Man forment un répertoire de fables, de portraits et de vanités contemporaines où cohabitent l'attraction de la peinture séductrice et la hantise du néant.
Des apparitions sourdent dans une nuit vert d'eau traversée des fantômes de Goya : Victor Man peint à l'orée du visible.
Dans le Studio, au sous-sol, Philippe Parreno (né en 1964) plonge le visiteur dans La Quinta del Sordo (2021) : la « maison du sourd » de Goya, où le peintre espagnol avait couvert ses murs de monstres et de sorcières, renaît en modélisation 3D. Lumière rasante, craquements de parquet, sons fantômes – le film en boîte noire fait affleurer les figures hantées des Pinturas negras. L'Auditorium prolonge cette descente avec Melted into the Sun (2024) de Saodat Ismailova (née en 1981), voyage visuel à travers les ombres d'une mémoire ancestrale ouzbèke, où mondes visibles et invisibles se confondent.
LA ROTONDE, THÉÂTRE D'UN RITUEL MÉTAPHYSIQUE
Sous le dôme zénithal de la Rotonde, Pierre Huyghe (né en 1962) présente en majesté Camata (2024), superproduction conceptuelle tournée au cœur du désert d'Atacama, au Chili, où l'artiste a établi son refuge. Tout part d'un squelette affleurant la terre aride, découvert il y a une dizaine d'années. Les archéologues l'ont daté pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un prisonnier politique de la dictature : c'était en réalité un mineur du début du XXe siècle, probablement perdu en chemin alors qu'il cherchait sa carrière de salpêtre.
Le désert d'Atacama, le plus ancien et le plus aride de la planète, est aussi le site des plus grands télescopes au monde. La NASA l'utilise pour tester ses instruments de détection de vie sur les exoplanètes. C'est dans cet interstice entre sol et cosmos que repose le squelette a























