
Dlo Doubout - Exposition
Dlo doubout ! une étude photographique
_**Dlo doubout ! une Ă©tude photographique**_ Quâest ce que lâeau debout ? la canne ! Dlo Doubout ! La rĂ©ponse Ă cette devinette crĂ©ole a donnĂ© lieu Ă une Ă©tude photographique au long cours portant sur les fondements et lâĂ©volution de la sociĂ©tĂ© guadeloupĂ©enne Ă travers le prisme de la canne Ă sucre. Laurent de Bompuis, Daniel Dabriou et Daniel Goudrouffe, tous les trois issus de la photographie documentaire, se sont immergĂ©s Ă travers la Guadeloupe dans ce que le prĂ©sent dit des strates de lâhistoire plantationnaire, qui a structurĂ© toute la sociĂ©tĂ© guadeloupĂ©enne : ses paysages, son Ă©conomie, son organisation sociale, ses savoirs faire, ses cultures. A partir de ce thĂšme commun, chacun a, avec ses images, pris le contrepied du regard habituellement exotisant posĂ© sur lâarchipel, tout en approfondissant sa propre vision quâelle soit politique, sensible, conceptuelle ou poĂ©tique, dessinant une carte intime de la Guadeloupe. Le MusĂ©e Saint John Perse, temporairement situĂ© au Pavillon de la Ville de Pointe Ă Pitre, accueille une sĂ©lection thĂ©matique des oeuvres de chaque photographe : Laurent de Bompuis, dans son exploration profonde et sensible des patrimoines matĂ©riels et immatĂ©riels de la Guadeloupe sâest intĂ©ressĂ© Ă la communautĂ© des Indo-GuadeloupĂ©ens, trĂšs prĂ©sente dans le monde de la canne Ă sucre. ArrivĂ©s dans lâarchipel comme engagĂ©s en 1854 pour remplacer les anciens esclaves ne voulant plus travailler sur les plantations aprĂšs la deuxiĂšme abolition de lâesclavage, les travailleurs et travailleuses indiens croyaient pouvoir repartir en Inde Ă lâissue de leur contrat ce qui ne fut pas le cas. Ils restĂšrent sur les plantations contraints et forcĂ©s, et se forgĂšrent une place en Guadeloupe. Laurent de Bompuis tĂ©moigne Ă travers ses photos de la richesse culturelle - rituels, musiques, chants, danses â apportĂ©e par cette communautĂ© Ă la sociĂ©tĂ© guadeloupĂ©enne, dont ils sont pleinement membres. Daniel Dabriou a explorĂ© au fil de lâĂ©tude plusieurs aspects du monde de la canne: ses rouages voraces, ses bĂątisses, ses ruines, avalant les corps des hommes dans leurs ombres et leurs lumiĂšres. Ă travers son objectif, il ouvre un dialogue entre passĂ© et prĂ©sent, entre mĂ©moire collective et expĂ©rience individuelle. Chaque image devient un espace de rĂ©sonance, un fragment d'histoire portĂ© par un objet, une peau, un outil, une matiĂšre. Il s'agit pour lui de rĂ©vĂ©ler des couches invisibles du rĂ©el, de faire apparaĂźtre l'Ă©paisseur du temps dans le quotidien contemporain. Daniel Dabriou photographie les liens entre l'homme, la machine et la terre : vestiges d'usines sucriĂšres, gestes au travail, portraits de travailleurs dans des dĂ©cors industriels chargĂ©s de mĂ©moire. L'homme, dans ce contexte, apparaĂźt comme un rouage essentiel de cette immense machine sociale et industrielle, incarnant Ă la fois la force motrice et la fragilitĂ© face aux grandes dynamiques de production. La photographie de Daniel Goudrouffe tĂ©moigne des allers-retours permanents entre sa pratique, lâhistoire de la photographie, les thĂ©ories autour de la reprĂ©sentation et de ses recherches techniques pour plier le matĂ©riau au rendu sensible quâil imagine. Il cherche, dans le rĂ©el mais aussi les mĂ©moires et traces immatĂ©rielles de l'histoire longue de la Guadeloupe et de la CaraĂŻbe, des pistes pour panser les plaies toujours Ă vif du territoire et de ses habitants. Ici il photographie la mer et ses rivages, espace ambivalent pour les peuples caribĂ©ens dâascendance africaine. Pour les premiers peuples autochtones et nomades, les Kalinagos, la mer, plus quâun simple Ă©lĂ©ment naturel, Ă©tait un moyen de subsistance, de dĂ©placement, dâexploration vers de nouveaux territoires . Mais pour les peuples dâAfrique esclavisĂ©s, la mer fut dâabord la nuit sans fin de la cale et la prison dâun horizon indĂ©passable. Pouvons nous aujourdâhui la regarder autrement ? Une sĂ©rie de confĂ©rences donnĂ©es ou animĂ©es par lâun ou lâautre photographe permettra au public dâapprofondir certains thĂšmes abordĂ©s dans leur Ćuvre visuelle.


