
Alexandre Lenoir. Par la force des choses
Exposition des peintures d’Alexandre Lenoir explorant techniques du ruban adhésif et la perception du paysage
Lenoir travaille à partir d’instructions qu’il se donne à lui‑même ou à des assistants non peintres, sur des images transformées par le temps, tant celui écoulé entre la prise de vue et la peinture que celui nécessaire à sa lente réalisation. Il procède par d’innombrables couches de peinture, du plus clair au plus foncé, posées sur une multitude de petits morceaux de scotch qui masquent puis libèrent la toile, traduisant sans effets « romantiques » l’image projetée à partir de laquelle il peint. Alexandre Lenoir : « Cela a commencé avec une toile intitulée Les Cévennes, où pour représenter la surface de l’eau et ses reflets, je devais trouver une manière d’appliquer le moins de coups de pinceau possible. Sont alors entrés en scène les scotchs, qui étaient une manière de préparer le terrain à mes lavis de peinture que je passais latéralement sur la toile comme une imprimante. À la fin, lorsque j’ai ôté les scotchs, j’ai vu une image comme si je l’avais rêvée, dont l’architecture et les cadres étaient présents à l’origine mais à l’intérieur de laquelle la peinture a pris toute sa place. Par la suite, j’ai développé un rapport très intime avec cette méthode translative qui m’amène à masquer, recouvrir puis découvrir. En somme, c’est une forme de révélation qui peut évoquer la révélation en photographie. Celle-ci me permet de laisser un espace de liberté au spectateur qui regarde la toile à la fin, car je ne veux pas être le seul à lui imposer l’image ». En cela l’ambition du peintre rejoint celle de Monet de travailler la perception, l’invisible : « J’ai repris encore des choses impossibles à faire, écrivait Monet à Gustave Geffroy le 22 juin 1890, de l’eau avec de l’herbe qui ondule dans le fond […] c’est admirable à voir, mais c’est à rendre fou de vouloir faire ça. Enfin je m’attaque toujours à ces choses-là ! » (Lettre citée dans Gustave Geffroy, Monet, sa vie, son œuvre [1924], Paris, Macula, 1980, p. 30). Alexandre Lenoir expérimente la tension entre un réalisme
















