
Philippe Decrauzat « Intercisio » - Exposition
Exposition monographique de Philippe Decrauzat au MRAC Occitanie explorant les mécanismes perceptifs de la vision par peintures, films et installations
Philippe Decrauzat dĂ©veloppe une pratique qui interroge les mĂ©canismes de la vision Ă travers la peinture, le film et lâinstallation. La pratique de lâartiste sâancre dans lâhĂ©ritage de lâabstraction du XXe siĂšcle et des recherches de distorsions visuelles menĂ©es par les artistes depuis les annĂ©es 1960.
Son travail explore les phĂ©nomĂšnes optiques, les processus corporels et les structures visuelles qui conditionnent lâactivitĂ© perceptive. Lâexposition au Mrac rĂ©unit un ensemble dâĆuvres qui explorent la vision comme un champ dâopĂ©rations, plutĂŽt quâun simple acte dâobservation. Le parcours orchestre une dĂ©ambulation dans laquelle les peintures et les projections gĂ©nĂšrent des glissements dâintensitĂ© : bascules dâĂ©chelle, variations lumineuses, instabilitĂ© des seuils de visibilitĂ©.
Damiers, labyrinthes, trames, grilles, dĂ©gradĂ©s â les motifs rĂ©currents du travail de Philippe Decrauzat composent une traversĂ©e oĂč les compositions gĂ©omĂ©triques, par leurs variations dâintensitĂ© lumineuse et leurs effets de basculement dâĂ©chelle, empĂȘchent toute stabilisation du regard, rĂ©vĂ©lant ainsi que notre perception ne fonctionne pas de maniĂšre continue. Ce principe dâintermittence constitue le terrain dâopĂ©ration de lâartiste.
Les Ćuvres fonctionnent comme une expĂ©rience active de la construction du visible et mobilisent diffĂ©rents Ă©tats dâattention oĂč le regard oscille entre les limites de la visibilitĂ© et les zones de saturation. Lâarticulation des formes et des rĂ©fĂ©rences visuelles prend ici la forme dâune expĂ©rience physique. Cette intermittence possĂšde une histoire. Elle procĂšde des technologies de vision qui, depuis le XIXe siĂšcle, ont progressivement dĂ©terminĂ© les conditions matĂ©rielles de la perception.
La fenĂȘtre organise la transparence du paysage, la grille moderniste dĂ©coupe et ordonne lâespace, la camera obscura projette lâimage du monde sur une surface. Mais câest le cinĂ©ma qui offre le modĂšle le plus prĂ©cis de ce processus de fabrication du visible. Dans un projecteur de cinĂ©ma, chaque image est briĂšvement immobilisĂ©e le temps de sa projection avant de laisser place Ă la suivante, vingt-quatre fois par seconde. La croix de Malte â figure mĂ©canique qui assure ce dĂ©filement saccadĂ© de la pellicule et qui est reprise dans la sĂ©rie de shape canvas intitulĂ©s Still (Times Stand) â introduit un arrĂȘt dans un mouvement continu.
Philippe Decrauzat sâempare de ce principe pour en faire les structures formelles de son travail. Mais lĂ oĂč le cinĂ©ma utilise ces mĂ©canismes pour gĂ©nĂ©rer un mouvement fluide, lâartiste les ralentit, les Ă©tire, les dĂ©compose, nous rendant ainsi conscients de la maniĂšre dont ces dispositifs fabriquent notre expĂ©rience du visible. Avec la sĂ©rie des Blind Painting, les ombrages verticaux qui balayent progressivement la surface de la toile, passant du clair Ă lâobscur, Ă©voquent le principe dâoccultation et de passage de la lumiĂšre Ă travers les lames dâune persienne. Le fondu devient alors un procĂ©dĂ© pictural donnant forme au passage en

